Mon petit ami, what else?

Ivan Ilic le magnifique à la Fondation des Etats-Unis

octobre 2, 2008 · Laisser un commentaire

Mon petit-ami a refusé d’y aller.

Trop fatigué, crevé, épuisé: « Moi je travaille », vous comprenez…

Fondation des Etats-Unis, 15 boulevard Jourdan, dans le 14ème à Paris. Il y a un récital d’Ivan Ilic, jeune pianiste américain d’origine serbe. Il a fait ses classes à Berkeley, au Conservatoire Supérieur. Premier prix en 2003.

Excusez du peu.

J’arrive en retard au concert. Je croise un ami allemand étudiant aux Beaux-Arts. « J’arrête la peinture définitivement; je ne fais que de la photographie ». Il me tend un programme, je lui tends la joue.

Avec mes espadrilles dorées à talon, mon jean évasé, ma tunique orange, le bleu sous les yeux, et mon écharpe verte, j’ai l’air de sortir tout droit d’un film de Kusturica. Je jette un coup d’oeil furtif au programme; je ne regarde jamais les programmes. Tout y est toujours trop magnifique. Pourquoi cette fois-ci dérogerait-elle à la règle?

En attendant, je rêve, je délire: 20H43, est-ce que je pourrais être la muse d’un artiste? Réponse nulle.

A 20H45, le pianiste arrive. Il y a chez lui un je ne sais quoi de l’élégance et du mystère qui n’appartiennent qu’aux plus grands. Des doigts de fée, un visage d’aigle, un charme slave. Ténébreux, il ne se cache pas. Mèche de côté, cheveux ondulés. De sa présence droite sur scène se dégagent une énergie, une concentration, un mental d’acier.

Il se dresse face au public.

Serein, concentré. D’une voix ni grave ni trop aigue, le voilà qui explique sa démarche. « Ca résonne beaucoup dans la salle ». Ainsi, il se servira de cette caisse de résonnance pour jouer avec les harmonies. « Tout se mêlera » nous confie-t-il mi amusé, mi inquiet. C’est une expérience qu’il veut tenter. Debussy, puis Brahms. Il nous enjoint à déceler les correspondances entre ces artistes.

Le commencement est lent, joue sur chaque résonnance, chaque note une à une, puis en écho, l’une en réponse à l’autre, presque en même temps. Rien de cacophonique pour autant. « Afterglow » (2007) annonce les 6 Préludes de Debussy, extrait du premier et du deuxième cahier, les 2 ballades de l’opus 10 de Johannes Brahms.

Plein de gravité et de grâce, il s’attache à montrer la finesse des résonnances. On l’écoute. De fil en aiguille, on passe de résonnances en correspondances. Ce sont des images qui me viennent en tête: Debussy comme le plus impressionniste des musiciens. Chaque résonnance apporte sa touche de couleur particulière, pointilleuse, voire pointilliste.

Au bout d’une heure, le concert est terminé. Revoilà Ivan face à nous, fier et ouvert à la fois, docile et entêté. Toujours une nuance d’humour chez lui: « Vous m’avez écouté, maintenant à moi de vous écouter. Je vais faire des concerts un peu partout, je voudrais que vous me disiez quel morceau marche, ou quel morceau est plus ennuyeux. Cela m’intéresse. »

Il finit avec sagesse « Je sais que certains artistes aiment se cacher. Ce n’est pas mon cas ».

Je voudrais que mon petit-ami en prenne de la graine.

Ivan, tu es magnifique.

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Walker Evans forever

septembre 29, 2008 · Un commentaire

Guillaume a tout de mon petit-ami. Excepté qu’il ne l’est pas.

Il est intelligent, drôle, sensible. Certes, il est fraichement émoulu d’une grande école de commerce. Mais cela n’empêche rien. Regard altier, fière allure, sourire vite esquissé, enfantin, polisson. Toujours impeccable, élégant. Elocution saccadée, voix douce. Dès que je l’ai connu, je l’ai trouvé à mon goût, son extravagance m’a aussitôt séduite.

Avec lui, je partage tout: l’amour de l’art et la gastronomie, mes retards à nos rendez-vous…

La dernière exposition que nous sommes allés voir s’attache à mettre en parallèle les photos de Walker Evans avec celles de Cartier-Bresson. Il m’attend à la Fondation Cartier-Bresson. Manteau rouge, impeccable je vous dis.

Pour tout vous dire, je préfère mirer son regard noisette à la contemplation silencieuse des murs blancs. En public, nous avançons masqués l’un à l’autre.

« Vous regardez, ou vous parlez », susurre une mégère à lunettes, mi ironique, mi pincée. Le prétexte de la contemplation nous permet de parler de nous. Comme si de rien n’était.

Sur notre tatami personnel, Evans est le vainqueur incontesté dans le match qui l’oppose à Cartier-Bresson. Plus épuré, moins construit, plus vrai, moins poétique peut-être, mais se dégagent de ses photos une réalité sensible. Moins nette que celle de Cartier-Bresson, la photo apparaît plus vivante et matérielle chez Evans. Il y a des traces de poussières, des rides autour des yeux. On sent que le photographe n’a pas altéré la réalité, ou si peu. Tandis que son successeur accorde la première place au montage, au point de vue. Il joue davantage sur les ombres/lumières.

Cartier-Bresson, en somme, évacue la vie, ses habitudes, sa régularité, ses carences, lui préférant la poésie, le saugrenu, l’instantané.

Nous sommes d’accord.

Moins heureux d’avoir compris la logique de l’exposition que d’être sur la même longueur d’ondes.

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